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Le fonctionnement des partis politiques

Par      • 14 juin, 2011 • Catégorie(s): Institutions  Institutions    

Le Parti Politique dans la forme que nous lui connaissons aujourd’hui est une “invention” institutionnelle récente. Il est indubitablement lié à la révolution industrielle et à l’apparition de la fabrique dont il emprunte très largement les mécanismes. S’y ajoute l’héritage très élitiste des sociétés secrètes et de la franc-maçonnerie dont l’influence pèse très lourdement sur le fonctionnement interne des partis politiques.

Le genèse du Parti Politique

Toni Negri et la fabriqueEn France, l’une des conséquences de la révolution de 1789 fut, au travers de la loi Le Chapelier du 14 juin 1791, d’interdire toute forme de regroupement de personnes et par voie de conséquence d’interdire syndicats et partis politiques. Alors qu’en Angleterre, haut lieu de la franc-maçonnerie, les premiers partis politiques apparaîtront vers 1830, il faudra, en France, attendre les lois Waldeck-Rousseau de 1884 et de 1901 pour qu’apparaisse le premier parti politique français avec le Parti Radical. C’est grâce au travail de rassemblement de Jean Jaurès que la SFIO naîtra en 1905. A gauche, l’émergence des partis et des syndicats signera la fin du compagnonnage ouvrier qui était une spécificité française. Dans la période récente, la constitution de 1958, dans l’article 4, consacre le rôle institutionnel des partis : “Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement“.

Un mouvement politique n’arrive jamais complètement par hasard. Il est le produit d’une certaine “nécessité” : mouvement ouvrier de la fin du XIXe, extrême-droite dans les années 1930, écologie politique à partir de la fin des années 1960 et extrême-gauche dans les années 1970. S’il reste l’émanation de la rencontre de personnalités influentes ou charismatiques disposant de réseaux plus ou moins larges, il convient de faire un distinguo entre les organisations de droite et de gauche. A droite ou au centre droit, les partis se construisent autour d’un chef. Si les organisations d’extrême-gauche semblent assez peu se soucier de leurs individualités, les partis de gauche apparaissent aujourd’hui comme des conglomérats claniques dont le seul dénominateur commun est l’appartenance à une “maison commune” qui tient davantage à l’histoire et à l’électoralisme qu’à l’idéologie !

Motivations

Les leaders des partis politiques restent en France, dans leur majorité, de grands bourgeois “inoccupés”. Mais la période récente a aussi ses spécificités. A la fin des 30 glorieuses, les enfants de la classe moyenne ont fait le choix de la politique pour chercher à s’extraire de la condition sociale dans laquelle la crise les enfermait. De par la difficulté à atteindre reconnaissance et notoriété, les leaders et élus des partis passent du temps à chercher à “tuer” les concurrents potentiels au sein de leurs propres partis en s’entourant de “collaborateurs” ternes dont ils n’ont rien à craindre, qu’ils tiennent au travers de différents contrats de salaires ou autres subventions. En dernier recours, l’idéologie – cette argutie moderne des simples d’esprit – sera utilisée en guise de rempart à l’assaillant. A l’image d’une société tout entière, les partis sont devenus des machines à broyer l’altérité et la diversité au profit d’une intelligence devenue totalement reptilienne.

Les partis politiques français sont devenus des coquilles vides. Si vous en retirez les salariés des collectivités locales et territoriales en attente de promotion sociale, les élus devenus des professionnels de la politique, les retraités de ces deux catégories et les salariés des partis, les effectifs se réduisent à une peau de chagrin ! Restent les militants sincères dont les motivations s’appuient sur des mécanismes d’empathie. Là où leur présence permettait un réel renouveau idéologique et programmatique, ils sont relégués au rang de simples colleurs d’affiche ou tracteurs qui assureront la claque lors des meetings filmés et diffusés sur Internet.

Structure

Historiquement, la structuration des partis politiques français s’est calquée sur l’organisation administrative de notre pays : départements, cantons et  communes. Ce n’est évidemment pas le cas de tous les partis. A titre d’exemple, les Verts préfèrent quant à eux la région au département. Question de taille ?

Dans le cadre de la réforme des collectivités locales qui s’appliquera en 2014, cette segmentation ne semble plus pertinente. Elle se conjugue à un autre problème lié aux mutations sociales et économiques et au fait que nous soyons amenés à déménager du fait de nos vies professionnelles devenues nomades. La territorialité comme principe de structuration constitue désormais un vecteur de désertification important des partis politiques renforçant la présence des “permanents” devenus de réels professionnels de la vie politique ! Ils tirent leur légitimité de leur présence sur le territoire à la manière d’un “dos argenté” dans les montagnes du Rwanda.

La parole

Vous aurez remarqué toute la perméabilité qui est la nôtre au “talent” oratoire. Les grands hommes politiques seraient des orateurs brillants. Mais à leur écoute, il apparaît que leur talent de beau parleur est, à quelques exceptions près, inversement proportionnel à la qualité du message qu’ils nous délivrent. La médiocratie consacre une parole pré-packagée et scénarisée. Le temps médiatique engloutit notre démocratie qui, par un mécanisme de darwinisme social inversé, amènerait beaucoup de médiocrité  à la tête des partis politiques français !

Là où, dans les années 50, les intellectuels s’exprimaient au nom des partis, la parole, dans la période récente, a été confisquée par de véritables troubadours et saltimbanques de la politique. Le fou du roi est devenu le roi. On va aujourd’hui à un meeting ou à une assemblée générale comme on pourrait aller au cirque Pinder ou à un match de catch !

Le dilemme, une fois le constat établi, reste entier. Il est de savoir comment nous pourrions imaginer de nouveaux comportements et une autre manière de faire de la politique en s’appuyant sur un nouveau modèle d’organisation.

Crédit photos : Duanrevig

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12 Réponses »

  1. Il s’est fait attendre cet opus mais il est tout aussi excellent que le premier !
    Tu as entièrement raison sur la nécessité de trouver une nouvelle segmentation pour structurer les partis…
    Et puis nous avons partagé une expérience commune de militants et c’est vrai qu’on ne nous a pas écoutés, quel dommage !
    Oui il faut faire de la politique autrement.

  2. Elue à sa grande surprise 4ème députée européenne pour l’Ile de France j’ai entendu Karima Delli parler, sur une radio publique quelques jours après les élections, de la thèse qu’elle prépare sur le formatage de hommes politiques français par les institutions. Ses explications sur le choix de son sujet d’étude m’ont fait découvrir des aspects de la politique que ton billet illustre clairement.
    En savoir plus sur cette jeune femme dont le parcours me fait penser à une Obama qui redonnerait de la fraicheur à nos classes politiques.
    http://www.nordeclair.fr/Locales/Tourcoing/2009/06/09/une-tourquennoise-a-strasbourg.shtml
    Aller sur son blog: http://www.karimadelli.com/

  3. Si l’extrême-gauche se distingue sur la manière “démocratique” de choisir ses “chefs” (je l’ai évoqué dans ce billet), elle reste très proche de ce que dénonçait Toni Negri dans ces modes de fonctionnement.

    Vous vous distinguez sur des modes de fonctionnement très “stéréotypés”, éloignés de la réalité sociale qui tiennent davantage à votre histoire et à votre “petite” taille.

  4. Il y a ceux qui font de la politique et ceux qui ne font qu’en vivre!

    C’est l’une des raisons pour lesquelles on régionalise en 2010 la présidentielle de 2012 et que l’on présidentialise les régionales sans parler des enjeux régionaux: en Normandie, il semble pourtant qu’il y en ait, des enjeux “régionaux”…

  5. Ben moi tu vois mon vieux, je ne suis ni du PS, ni de l’extreme gauche, ni de l’ecologisme naissant même si je les ai fréquenté !

    Ben je vais te dire t’es pas loin d’avoir raison !

    Evident que les partis politiques sont vides de sens et de sang ! Normal à force de vampiriser la société !

    Et les personnalités politiques ?
    Des “Père la morale” à donner des leçons qui ne respectent pas une éthique de leurs propres valeurs
    Des “Pères Noel” à distribuer des cadeaux, subventions, emplois, logements et stapontins par clientèlisme électoral ! Suis certain que chaque lecteur ou lectrice de voie-militante à un exemple en tête
    Des “barons” tels Olivier Guichard en son temps, Jean Marc Ayrault, Georges Frèche qui se fouteent du tiers comme du quart de ce qu’ils racontent ! seul objectif : rester en tête des spermatozoides triploïdes et avoir trois lignes dans le larousse illustré !

    Sûr qu’il va falloir inventer ! INVENTER !
    Et là cà va faire mal !
    Va y avoir des ligne de fractures
    car un moment ou un autre
    il va bien falloir rendre des comptes !!!

    Bon ah ceux et celles qui verraient dans mon propos
    un quelconque poujadisme je répondrai de suite : malignité de votre part !

    En plus
    plus sûr de vouloir débatrre
    mais juste exprimer mon sentiment-réflexion
    pour
    contribuer à ce hypothètique
    et
    espérer paradigme en construction !

    Bon l’ami Denis je te bise ! Ton papier est bien
    Toutefois une remarque important: si les caractères avaient été verts !
    Oups ! Je crois que j ai froissé ta susceptibilité !!!

    Préviens tes potes verts que je serai à Rouen semaine prochaine.
    Je dois acheter une effigie de Jeanne d’arc pour faire un cadeau le 32 mars !
    Ils ont peut être une adresse bio Place de l’horloge ( cà existe à Rouen non ?)
    J aime cette ville entre Isodore Beautrelet, Flaubert ( rêve dy rencontrer Mme Bovary,)
    ou Maupassant le sombre nouvelliste
    Gildas Layec de Nantes
    perceptibles@gmail.com
    06 65 32 51 50

  6. Certains députés socialistes du PASOK quittent le parti pour pouvoir continuer à marcher dans la rue en restant en vie après le vote de demain. A l’avenir Ils siègeront comme indépendants.
    http://www.zerohedge.com/article/greek-ruling-party-members-rebel-another-mp-vote-against-bailout-so-he-can-safely-walk-stree

    Signe d’une déliquescence avancée certes ou prémisses d’un espoir de renouveau de la politique? nous verrons bien…

  7. Brillante analyse qui laisse pantois d’admiration.

    Mais, concrètement, on fait quoi?

    Il y a, grosso modo, deux catégories de gens : ceux qui “vont au charbon” quitte à en prendre plein la gueule, et ceux qui brûlent le charbon en disant en plus que c’est lamentable de brûler ce charbon qui dégage tant de CO2.

    Et qui ne veulent pas davantage du nucléaire qui est propre mais va faire péter la planète.

    Vous faites quoi dans la pratique les écolos bobos, hormis utiliser une capacité de nuire électorale dont vous usez et abusez magnifiquement pour confisquer les postes?

    Qu’est-ce que je vais prendre !

  8. @Patrick

    En relisant ce texte que j’avais écrit il y a plus d’un an, c’est exactement ce que je me disais. Et après, on fait quoi ? J’avais publié, à l’époque, tout un tas de textes “positifs” sur les pistes à creuser pour réformer nos organisations politiques vieillissantes.

    La première chose, me semble-t-il, c’est l’interdiction de cumul strict pour les mandats de député français et européen, de sénateur. C’est accepter le cumul de deux mandats locaux dont un seul à la tête d’un exécutif.

    On pourrait évoquer une volonté à combattre les emplois fictifs au sein des collectivités locales et organismes d’Etat.

    Sur les nouvelles formes d’organisation, je crois que l’idée de coopérative que Dany a lancé est très intéressante, permettant un engagement à géométrie variable. Lorsque j’étais secrétaire de section au Ps, c’est ce que j’étais, je crois, parvenu à faire en intégrant les “sympathisants” socialistes à notre section de Brionne, en les mettant sur le même plan dans la militance.

    Il y a aussi à lever les tabous de la double appartenance. On peut être à la fois écolo et socialo, dans l’âme. Or, la structure des partis ne permet pas à des militants “pluriels” de s’exprimer dans une enceinte fermée.

    J’ai peur que mon incapacité réelle à repenser un nouveau monde soit liée à l’empreinte dominante du vieux monde dans mes représentations personnelles. C’est ce qu’a su montrer justement Toni Negri.

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