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Renouer avec le Made in France en informatique aussi !

Par      • 29 déc, 2011 • Catégorie(s): Economie et social  Economie et social    

A l’heure où les entreprises externalisent leur messagerie, leur stockage, leur bureautique à Microsoft et à Google, la question que nous avons à nous poser est de savoir si nous allons disposer encore de services informatique dans notre pays. Inutile ici de parler d’industrie informatique : nous n’en avons plus !

Un lourd passif

Les excès tarifaires des SSII dans les années 1998-2002 auront pesé lourdement sur l’image des “informaticiens”, au point où aujourd’hui les salaires perçus par des plombiers ou des maçons sont, sans doute, bien au dessus de ceux des administrateurs des serveurs Windows 2003 et 2008 ! Alors, la nouvelle mode pour ces jeunes – et ces moins jeunes – en mal de reconnaissance sociale, qui voient leurs aînés gagner beaucoup plus d’argent sans faire grand chose, serait de devenir chef de projets. Être calife à la place du calife, une très vieille histoire… La mode est à celui qui en fera le moins possible. Ce serait devenu la marque de l’intelligence de toute une société.

Un glissement vers le bas

Le choix du logiciel propriétaire par les informaticiens eux-mêmes est la traduction de cette volonté d’en faire le moins possible. Du coup, les métiers ont changé. Ils sont devenus moins techniques. Nous construisons des systèmes d’information, guidés par nos clics de souris. L’utilisation des logiciels propriétaires a libéré des gisements de productivité qui se sont souvent soldés par des baisses de salaires et un glissement vers des métiers de tâcherons ! Nous consommons du logiciel. Compte tenu des prix des matériels fabriqués dans le sud-est asiatique, on ne répare plus : on remplace. Alors, nous consommons du matériel.

Nous avons sombré dans une logique de consumacteur. En 2000,  les délires visionnaires de la stratégie de Lisbonne élaborée par quelques eurocrates, voulaient instituer la société de la connaissance partout en Europe. Si elle se construit, la société de la connaissance est en train de se faire… sans nous. Dans l’informatique aussi, nous ne fabriquons plus rien.

Les imbéciles ont pris le pouvoir, ils iront jusqu’au bout.”

"Les imbéciles ont pris le pouvoir, ils iront jusqu’au bout !"Comme naguère pour la paie, puis pour la comptabilité, les dirigeants-actionnaires des entreprises françaises considèrent aujourd’hui que l’informatique n’est plus leur métier. Jusqu’où iront-ils ? Compte tenu de la haute valeur stratégique que revêtent l’information, la vitesse et la capacité à la traiter dans un monde en hyper-concurrence et en accélaration, cette vision semble tout simplement relever du contre-sens absolu ! Avec l’augmentation des débits et la généralisation de l’Internet, les responsables informatiques issus des écoles de commerce font le choix  des services du cloud proposés par Google ou Microsoft. Ils continuent de confondre baisse des coûts et productivité. Ils ont été d’ailleurs bien aidés en cela par une majorité d’informaticiens qui sont à l’économie ce que le pigeon ramier est au transport aérien. Ces brillants diplômés de nos écoles de commerce qui font aujourd’hui office de responsables informatiques oublient au passage que ces entreprises – américaines – sont soumis au Patriot Act. Leur cupidité résiste, de fait, à toute forme d’intelligence ! Et nous sommes loin d’avoir vu l’expression de tout leur “talent” en la matière. Il est sans fond.

Trois axes pour produire français dans l’informatique

L’une des premières sociétés à avoir construit son modèle économique sur le logiciel libre, c’est évidemment Google. Vendre de la gratuité… Dans les écoles qui préparent nos jeunes aux métiers de l’informatique, nous continuons, empreints que nous sommes d’un monde qui disparaît, à continuer de les former massivement au logiciel propriétaire. Que voulez-vous faire de tous ces formateurs et enseignants qui n’ont fait que du Microsoft depuis 20 ans, parfois par pure paresse ? Quel est le modèle pour nos jeunes ? Le logiciel libre, quant à lui, exige que nous disposions d’informaticiens et d’entreprises, qui fassent le choix de la technique.

Réinternaliser l’informatique suppose également que les entreprises disposent de la fibre et du très haut débit, afin de pouvoir héberger tous leurs services informatique à moindre coût. Les prix dans le cloud  sont très dépendants du prix de l’énergie. Ils ne resteront pas bon marché bien longtemps. Or, avec les lois LCEN, DADVSI, LOPSI et HADOPI, le pouvoir politique semble aujourd’hui plus préoccupé par la préservation de la rente de quelques ayants-droits que du développement des technologies et des services informatique dans notre pays. La fibre nous permettra de télécharger encore plus vite. Le paradoxe, c’est que notre cinéma ne s’est jamais aussi porté.

Il nous faut enfin, si nous voulons développer l’informatique et les nouvelles technologies, mettre en place un Small Business Act en France, permettant aux TPE de soumissionner à des appels d’offre, dont les concepteurs semblent avoir parfois quitté le plancher des vaches. Il faut bien justifier de son emploi. Les nouvelles règles d’attribution des marchés publics n’ont défini aucune règle quant à la définition des lots. Du coup, les collectivités continuent de choisir leurs fournisseurs, s’adaptant à un cadre de plus en plus lourd et coûteux pour le contribuable.

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7 Réponses »

  1. Je ne peux qu’applaudir ce billet !

  2. @Kelson

    C’est du vécu. ;+)

  3. @Denis.

    “Ces brillants diplômés de nos écoles de commerce qui font aujourd’hui office de responsables informatiques oublient au passage que ces entreprises – américaines – sont soumis au Patriot Act.”

    Comment cela Denis tu ne fais pas confiance à la grande démocratie Américaine? Ce pays qui afin d’éloigner tout risque d’avoir des méchants chez lui, vient de voter le “National Defense Authorization Act (NDAA) pour 2011″ qui autorise l’armée américaine à retenir indéfiniment sans procès les citoyens américains pour des accusations en rapport avec le terrorisme et qui approuve de nouveau la technique de torture dite de “waterboarding” (simulation de noyade) ainsi que “d’autres techniques avancées d’interrogation” qui sont en ce moment hors-la-loi.

    Moi j’aurais entièrement confiance dans une grande démocratie comme cela! Vive Obama! un des plus grands présidents américains, oui 1m87 c’est grand!

  4. Dans l’Eure on a le haut débit. C’est à dire les 15 Mb/s qui permettent d’obtenir chez soi l’internet avec tout le confort, la VOIP et la télé 1080p, et un peu plus de 100kb/s en upload, pour envoyer ses mails correctement et utiliser la VOIP ou utiliser skype.
    Nous sommes donc de parfaits clients.
    Nous avons aussi, et c’est à côté de chez moi, à Val-de-Reuil, les datas centers qui permettent d’arroser l’Île-de-France à une distance idéale, 100 km, dans le rayon de sécurité donc, et placés près du chemin de fer et de la fibre. Altitude telecom (Iliad), orange, EDF, BNP. C’est la logistique nécessaire pour la région parisienne pour fournir les consommateurs.

    Toi, tu voudrais carrément qu’on propose à tous de pouvoir devenir fournisseurs, voir pire, de pouvoir utiliser le maillage numérique. Heureusement qu’Hadopi veille pour que tu ne puisses pas utiliser le peer-to-peer, parce qu’avec ce que tu proposes, on aurait une puissance de feu phénoménale, et je verrais plus l’intérêt de fourguer de multiples abonnements pour chaque appareil connecté.
    Et comment contrôler tout ça ?
    Avec ce que tu demandes, la Défense aurait de la concurrence à la campagne. Pense aux abonnements SNCF, aux infrastructures routières, à la rente pétrolière. Tu voudrais tout casser. Juste parce que l’investissement est à notre portée. Pour acquérir quoi ? L’autonomie. En a-t-on besoin quand il suffit de se connecter pour acquérir une nouvelle connexion ? Ça marche très bien comme c’est, les majors co-financent les universités et grandes écoles reliées entre elles, aux majors et aux grosses boîtes.

    Si tu continues sur cette voie là, Denis, sache que c’est la télé même qui sera en danger, pas seulement la presse. Et les FAI qui te vendent un abo pour chez toi à 40 euros, plus un abo pour dehors à 40 euros, plus un abo pour tes gamins, moins cher, prix de groupe, pourront aller se rhabiller.

    Tu pourrais fournir des services en ligne, de chez toi, en mutualisant avec tes voisins pourquoi pas, tu te rends compte qu’on perdrait tout contrôle sur ce que vous faîtes. On te fourgue l’IPV6 qui permettra d’attribuer même ton frigo, tu veux l’IPV7 peut-être ? Au moment où on va (enfin “on”) te vendre la visibilité sur un net de moins en moins neutre, et se faire des coucougnettes en platine ?

    C’est dangereux, ce que tu dis. Tu veux faire évoluer un système qui marche très bien comme ça, et qui rapporte. Tu es un peu fou et visionnaire. Et en plus, tu te proposes de réformer l’attribution des marchés publics, qui a ses petites habitudes. Attention, Denis, tu gardes la bonne pente, je te le dis.

    Bonne année quand même, et meilleurs voeux.

  5. @nono

    Tous mes vœux. Oui, je crains que je ne devienne de plus ne plus subversif. C’est pour cela que je préfère me taire. ;+)

  6. Tu as raison. Je préfère un pingouin qui l’ouvre, à bon escient parfois (souvent, va savoir. Toujours, pas sûr.), et en disant qu’il se tait, qu’un coq qui chante au matin son cocorico, juste pour annoncer qu’il peut chanter.
    J’aime bien le chant des pingouins sur la banquise, ça veut dire qu’il y a la chance d’avoir une banquise. Je dis pingouin, parce que je sais que t’es pas manchot non plus.
    Tais-toi, si tu veux, parce que ça donne le temps de réfléchir. Mais comme tu le sais, tu n’es pas tout seul. Et l’intelligence n’est pas l’apanage de quelques gallinacés : la poule caquète, le poussin pépie, le coq chante, et le faisan se fait buter une minute après son premier coup de pied au cul.
    N’hésites pas à partager ton intelligence, c’est une construction collective. On donne, on prend, ça ne coûte pas si cher.
    Mais je dis ça, sachant que si tu veux prendre la parole, tu la prendras. Je t”écouterai.
    Bonne année. Je te la souhaite réellement bonne. Pleine de bonheur, avec tes proches, et que tu te réconcilies. C’est en cours, je pense. Mais si tu continues de dire ce que tu penses, c’est toi qui seras réconcilié, et les autres vont schtroumpfer grognon des fois ;)
    Happy chaque jour.

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