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Playboy Communiste : hommage ou voyeurisme ?

Par      • 15 nov, 2012 • Catégorie(s): Rouen  Rouen    

Alain est un homme qui vit dans la rue. Il a entre 45 et 55 ans. Il a probablement fait des études universitaires en lettres ou en philosophie. Il est sans famille connue. Il erre dans les rues de Rouen. Il écrit. Il parle. Il chante.

Il écrit, des noms, des mots, qu’il grave dans le bois, la pierre, le métal, ce qui forme parfois une sorte de fresque, une espèce de dessin. Il parle, tout seul, d’une voix pas toujours très audible ou compréhensible, ses mots se suivent, souvent sans rapport apparent. Il chante, enfin, il fredonne, des airs très rythmés, sans parole.

Alain est schizophrène. Il est sans traitement, il n’en veut pas. Il est parfois amené par le Samu Social à l’hôpital, il y reste la nuit et repart le matin. Il dit que ce qu’il fait dans la rue lui fait plus de bien que les médicaments. Thérapie par l’écriture ?

Alain sait où trouver de l’aide, quand il le veut il sait aller voir des travailleurs sociaux pour leur demander un café.

Alain vit seul. Il mange et boit en payant lui même ses consommations. Il dort dans la rue ou dans des cages d’escalier. Il ne se sépare jamais de sa couverture.

Qu’est-ce qui différencie Alain des autres sans abri qui se retrouvent comme lui dans les rues de la capitale haut-normande ? Sa maladie ? Non, beaucoup de personnes atteintes de maladies mentales vivent dans les rues. Sa façon de s’exprimer ? Peut-être…

En effet, deux personnes ont suivi et filmé Alain pendant un an et demi et en ont fait un documentaire : Playboy Communiste. On y voit Alain graver ses mots sur les murs, les portes et le moindre recoin qui l’inspirent. On le voit vivre dans la rue, se réveiller la matin. On l’entend surtout – ses paroles sont sous titrées – parler tout seul, tenir un discours que lui seul et quelques psychanalystes peuvent comprendre. Pas d’explications sur le choix de ses mots, sur cette façon de s’exprimer, sur sa vie, sur son but… Ce documentaire le montre, à l’état brut.

Mais quel intérêt ?

Pour certains Alain est un artiste. Pour d’autres, c’est un cas d’étude exceptionnel : psychologues, psychiatres, psychanalystes, travailleurs sociaux, ethnologues etc… visionnent et projettent ce documentaire pour travailler sur son cas, pour se questionner. Pour d’autres encore, ce n’est qu’un timbré qui dégrade des biens publics et privés.

Ce qui est sûr, c’est qu’Alain est l’un des auteurs de ce film documentaire, qu’il a donc des droits d’auteur, mais qu’il est toujours à la rue et sans traitement. Sans doute ne veut-il pas d’aide. Mais alors, pourquoi l’utiliser ainsi ? Certes, ce documentaire fait se poser bien des questions, mais l’ont peut aussi se les poser sans le regarder, la misère et les problèmes d’adaptation sociale, s’ils ne nous heurtent pas, c’est inquiétant, pour nous… Ce film laisse une sensation de  malaise, voire de vulgarité ou d’indécence, comme si Alain était une bête curieuse, un cas à étudier, une raison pour se poser des questions, comme s’il apportait quelque chose aux autres alors que lui, personne ne lui apporte rien… qui lui est utile ?

Alors entre le devoir de mémoire ou le voyeurisme pur et simple, je vous laisse décider !

Surtout n’oublions pas de regarder les gens qui vivent dans la rue et de leur dire “Bonjour” c’est un minimum, entre êtres humains.

La bande annonce du documentaire Playboy Communiste

Crédit photos : Playboy Communiste ; Le Poignard Subtil.

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Playboy Communiste : hommage ou voyeurisme ?
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6 Réponses »

  1. Que voixmilitante offre une chronique à Alain je trouverais cà bien non ?

    Ou lui propose un débat public avec le nouvel élu de la section du parti socialiste

    Etonnant, non ?

    Détonnant , certainement

    Et pour une fois voie militante aurait de l audience assurée

    Bon pas facile à organiser de débats

    Disons un simple questionnaire de Proust alors ???

    Attendez j en vois déjà – les esprits mesquins chagrins – me voir imaginer Alain remplacer le nouvel élu
    Alors cà c est pas gentil

    Allez je vous bise toutes et tous
    et noubliez pas ce week end de venir à notre dame de hollande oups des landes
    ce samedi 17 novembre

    Ah oui y a pas encore d aéroport à notre dame des landes
    et on va tout faire pour qu’il en soit ainsi

  2. Je n’ai pas vu ce documentaire que j’aimerais voir depuis longtemps déjà… Je me souviens de cet homme, alors que j’étais étudiante à Rouen. Le documentaire, à vous lire, ressemble à un épisode de Strip Tease?

  3. Rebecca,

    Je m’en souviens pour l’avoir beaucoup croisé dans Rouen lorsque j’étais moi-même étudiant. C’est plus lointain encore.
    Son oeuvre interpelle.

  4. @Rebecca,

    Effectivement, il y a un peu de ça… !

  5. Comme Rebecca et comme bcp d’étudiants à Rouen, j’ai croisé cet homme qui forcement marque les jeunes adultes que nous furent.
    Et tout simplement, je suis ravi qu’il soit encore en vie dans ce monde si difficile pour tous et encore plus pour les personnes vivant dans la rue.

    Pour ce qui est du film pas d’avis car pas vu.

    cdt

  6. bla.bla…;)

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