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Grand Rouen : quel modèle économique pour l’hyperlocal ?

Par      • 27 mar, 2013 • Catégorie(s): Rouen  Rouen    

Les portails d’information locale, quel que soit leur modèle, ne sont pas au meilleur de leur forme ! Pour sauver le dijOnscOpe, Sabine Torres avait dû plonger le journal dans le coma artificiel “pour le bien de l’entreprise et de ses salariés“. Hier, nous apprenions que LibéToulouse cesserait d’émettre le 5 avril. Une enquête réalisée récemment par ASI nous apprenait que le contenu de quatre portails d’information locale – Lyon.actu.fr, Bordeaux.actu.fr, Toulouse.actu.fr – était en grande partie sous-traité à la Tunisie via Hi-Media groupe.

Grand Rouen, fragilisé par les bloqueurs publicitaires ?

Grand Rouen : quel modèle économique pour l'hyperlocal ?Hi-media, c’est aussi la régie publicitaire utilisée par le site Grand Rouen. Dans un article récent, Sébastien Bailly mettait en garde ses lecteurs sur l’usage des bloqueurs publicitaires. Sans le dire tout en le disant, il nous expliquait que l’usage de ces bloqueurs – je vous conseille pour ma part l’usage de Ghostery et aussi de Self-Destructing Cookies – était en train de le priver de recettes publicitaires. Il faudrait aussi se questionner sur le déréférencement relatif provoqué aujourd’hui par l’utilisation de toutes ces régies !

Ce que j’aimerais ajouter, c’est aussi que le groupe Hi-Media en captant nos données personnelles, notre habitus numérique, s’empare par la même occasion des données liées à l’activité du site Grand Rouen. Les régies publicitaires s’inscrivent aujourd’hui dans des stratégies d’intelligence économique ! On le voit avec Hi-Media qui est à l’origine de l’information produite par trois portails d’information locale.  Les données collectées peuvent donc lui servir à construire des activités concurrentes de ceux-là mêmes qui en font la promotion à l’insu de leur plein gré. Il y a donc des raisons objectives d’utiliser les bloqueurs publicitaires dans l’intérêt même de ceux qui nous disent de ne pas les utiliser. A mi-chemin entre un blog et un média d’information, je ne vois pas bien, en dehors de basculer vers l’abonnement payant, quelle peut être la pérennité du modèle économique choisi par Grand Rouen. N’est pas Rue89 qui veut !

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Grand Rouen : quel modèle économique pour l’hyperlocal ?
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9 Réponses »

  1. Je surveille le sujet de très près, pour d’évidentes raisons professionnelles :-)

    Certes, le choix de la société Hi Media n’est pas très judicieux (pour être gentil) de la part de Grand-Rouen.

    Certes, toutes tes réflexions sur la collection de données privée d’organes de presse disparates (qui n’en disposent pas) par ces régies sont des plus légitimes.

    Cela étant dit, quand tu écris “n’est pas Rue89 qui veut” : tu considères que l’avenir des pure players est d’être rachetés par des titres papiers déclinants ? Je ne suis pas persuadé que cela puisse représenter un modèle économique viable pour nous (ou un modèle économique tout court !).

    Par ailleurs, l’expérience DijonScope, éventuellement valable pour de grosses communes (et surveillée tel le lait sur le feu), calquée d’ASI et Mediapart (les seuls à avoir un modèle éco. viable en France), me semble peu réaliste pour de l’hyperlocal sur des territoires plus restreints.

    Bref, tout ça pour dire qu’on n’a clairement pas encore de modèle économique en local/hyperlocal, tu as parfaitement raison à ce sujet, mais donner Rue89 en exemple me semble une erreur de ce point de vue. Ce qui ne veut pas dire que j’aurais refusé la proposition du Nouvel Obs à la place de Pierre Haski, mais enfin, ce ne peut être un modèle pour les créateurs de médias hyperlocaux.

    Par contre, je note qu’on attend toujours le maintenant mythique statut d’entreprise de presse à but non lucratif avec les avantages afférents, qui permettrait probablement à nombre de petits pure players locaux de se normaliser au lieu d’agir en dehors de tout statut et de toute protection. Il ne semble pas que la gauche au pouvoir soit prête à faire avancer ce dossier : c’est bien dommage. J’en profite pour remercier Acrimed dont c’est un des chevaux de bataille.

  2. @Loris Guémart

    Je n’ai jamais écrit que Rue89 était le modèle de référence. Il n’y en a pas. Rue89 se finance aussi – et principalement ? – par la vente de conseil. C’était un des éléments du modèle économique retenu par Grand Rouen. C’est à cela que je me référais en indiquant qu’il y avait là peut-être un problème de “chalandage” ou de “surface” ! J’aurais dû expliciter.

  3. @Denis :

    D’accord, merci pour la précision. Je n’avais effectivement pas compris que tu faisais référence à cette partie-là du modèle. Une partie que, malheureusement, je ne pense pas viable en ce qui me concerne.

    Réussir à financier un média local en 2013 en France s’apparente tant à l’épicerie qu’à la quadrature du cercle… je me répète qu’à force d’essayer, certains confrères arriveront bien à nous défricher un chemin un tant soit peu viable. L’espoir fait vivre, comme on dit.

  4. @Loris

    Je ne suis pas sûr qu’il faille toujours compter sur l’intelligence des autres pour avancer soi-même. ;+)

  5. @Denis :

    Bien vrai. Mais n’en étant pas encore à la création de revenus (même si je m’en rapproche doucement), je me contente pour le moment de surveiller les autres. Il est évident qu’à un moment, et si personne n’a trouvé, faudra aussi que j’expérimente.

    M’enfin, même si c’est très enrichissant, il est à la longue un peu fatiguant de devoir tout inventer dans notre secteur… je ne me plaindrai pas si quelqu’un trouve la recette avant moi :-)

  6. Je m’étonnais que adblock soit l’extension la plus téléchargée sur chrome. Cette extension nuit à la principale source de revenu de Google (donc, chrome). Google va-t-il contre attaquer?

    Quand à l’hyperlocal, le problème c’est qu’il ne draine pas beaucoup de lecteurs. C’est d’autant plus vrai dans les petites villes où l’usage d’Internet (et mobile) semble moins dynamique que dans les grandes villes. Il est donc difficile de trouver des ressources publicitaire. Quant à faire payer des abonnés, c’est ardu.

    Il ne reste donc peut-être pas d’autre solution que de créer un média “militant”, associatif, dont le but est de rendre un service au plus grand nombre.

  7. @Eric :

    Média associatif/à but non lucratif ne veut pas dire qu’on bosse gratos indéfiniment, service rendu au plus grand nombre ou pas. Le militantisme, c’est bien mais ça ne fait pas bouffer, je vous renvoie au TumblR “salut l’artiste” …

    Quant à la taille du territoire, il fait bien vivre depuis des décennies les hebdos normands. L’adoption d’internet est un peu plus lente en local, mais c’est en train de se faire. Quant à la pub, c’est clair que ça ne peut passer par des régies web nationales, ça ne fait aucun sens : faut aller démarcher soi-même comme un grand (pas facile non plus, je vous l’accorde…).

  8. @Eric

    Merci tout d’abord pour le commentaire. Ce qui est intéressant dans la démarche de Grand Rouen, c’est qu’elle allie plusieurs éléments dans son modèle économique : la pub, le conseil, la formation, reprenant en cela ce qui se fait aujourd’hui à Rue89.

    Ce qui s’est passé à Toulouse, Lyon et Bordeaux est assez révélateur de la complication à différencier un bon agrégateur d’un portail d’information locale. S’il s’agit de redonder l’information pour être le mieux placé dans les index et drainé la pub, alors tout cela n’a strictement aucun intérêt, me semble-t-il ! Mais est-ce là encore de l’information ? Tout juste s’agit-il d’un business digne d’un élève de 3e année d’une école de commerce. Je n’ai rien contre les écoles de commerce et leurs étudiants.

    Tu poses la question de la surface du territoire et je pense que tu vises juste. Quelle est l’entité sociologique pertinente ? La ville ? Le canton ? L’agglo ? Le département ? La région ? Je crois que tout cela est en rapport avec le sentiment d’appartenance. Je pense que Sébastien avec Grand Rouen a visé juste. Après, l’entité qui me vient à l’esprit c’est la région, comme le fait assez justement Ouest-France.

    @Loris

    Les blogs ont l’avantage d’être des espaces non marchands. Tout ne passe pas par le marché, fort heureusement !

  9. @Denis :

    Je ne peux qu’abonder dans ce sens.

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