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Inès Armand : la passion… jusqu’au bout !

Par      • 26 Juil, 2010 • Catégorie(s): Mémoire  Mémoire    

« Je t’ai aimé du premier instant où je t’ai vu, comme je le fais aujourd’hui. Je pourrais accepter de ne pas t’embrasser, si seulement je pouvais te voir. Pourquoi dois-je être privée de ta vue ? » ces mots sont ceux d’Inès ARMAND, pour l’homme qu’elle aima plus que tout : Vladimir Ilitch OULIANOV, dit Lénine.

La rencontre.

Dès que leurs yeux se croisèrent ce fut le coup de foudre. Il a eu lieu en 1910, dans le milieu des révolutionnaires russes exilés à Paris. Inès a 35 ans, Lénine en a 40. Ils flânent ensemble sur les boulevards de la ville la plus romantique du monde et restent assis pendant des heures dans les cafés.

Personne n’a jamais vu Lénine dans un tel état. Inès était plus que sa « maîtresse » elle était l’amour de sa vie. Lui qui faisait passer ses écrits politiques avant tout, il est alors incapable de « détacher ses yeux mongols de la petite » selon le socialiste français Charles RAPPOPORT.

Comme beaucoup de femmes Inès a besoin d’admirer pour aimer. Elle lui écrira après leur rencontre « Tu m’as très fortement impressionné. J’avais une envie folle de m’approcher de toi, mais j’aurais préféré mourir sur-le-champ plutôt que d’ouvrir la porte conduisant à ton bureau. »

Deux « personnages ».

Inès est née d’un couple de comédiens franco-écossais et, après la mort de son père, a grandi dans l’une des familles capitalistes les plus riches de Russie, la famille Armand. Elle épouse Alexandre, l’aîné des Armand, en 1893 et donne naissance à quatre enfants mais elle s’ennuie. Sept ans après son mariage, elle s’enfuit avec Vladimir, le frère cadet de son époux – il n’a que 17 ans – et rentre enceinte à Moscou. Après ce scandale elle rompt avec la vie bourgeoise, quitte son époux et étudie à Stockholm chez une militante du droit des femmes. Elle découvre chez les exilés russes opposés au tsarisme l’appel à la révolution de Lénine qui la convertit au bolchevisme. Elle se joint en 1905 aux ouvriers révoltés de Saint Petersbourg, est arrêtée et déportée à Mesen, dans les glaces du nord de la Russie.

Lénine, de tempérament froid, est  lassé par sa vie d’exilé. Comme beaucoup de communistes, il est prude dans sa vie privée, voire petit-bourgeois et conservateur. Il choisit de rester auprès de son épouse, rien ne doit porter atteinte à son image de parfait époux. Il garde Inès comme une amante occasionnelle, ce dont elle souffre terriblement, elle condamne d’ailleurs ce qu’elle appelle « les baisers sans amour dans le mariage ». Mais il ne peut se passer d’elle ! Il lui fait traduire tous ses articles en anglais et en français, sans la rétribuer. Lui ordonne d’exécuter différentes missions. VALENTINOV a écrit « Lénine est amoureux d’Inès à sa façon : des baisers entre des discussions condamnant les requins capitalistes et l’impérialisme. »

D’après Serge CHOURVALIEV, « Lénine était dur et ascétique jusqu’à la limite de l’inhumanité » BOUKHARINE disait de lui « Il s’enferme derrière le blindage d’une volonté d’acier. Rien ne peut percer ce blindage » rien, sauf Inès… Dans leur correspondance, on trouve des lettres où Lénine présente ses excuses à Inès : « Ne t’énerve pas, je le fais par amour » « Si tu le peux, ne sois pas en colère contre moi. Je sais que je t’ai fait de la peine ». Dans ces lettres, il utilise souvent un tutoiement  qu’il réserve à deux personnes seulement : Inès et MARTOV.

La vie « ensemble ».

Lénine a tout de suite besoin de la proximité de son amante. Quelques mois après leur rencontre, Lénine loge Inès au n° 2 de la rue Marie-Rose, dans le XIVe arrondissement de Paris. Il habite lui-même avec son épouse et sa belle-mère au n° 4…

En 1911, aux environs de Paris, Lénine fonde une école pour ses agents clandestins et Inès est « invitée » à y donner des cours sur la politique économique. MALINOVSKI raconte que « Lénine est, chaque jour assis au premier rang afin de pouvoir la regarder. » il y a entre eux une fusion intellectuelle et charnelle.

Quand les Lénine déménagent de Cracovie pour la Suisse, Inès emménage à Berne. En 1918, après la victoire de la révolution, il l’installe rue Arbat dans une maison à deux pas du Kremlin et lui obtient l’un des premiers 200 téléphones dotés de combinés, pourtant réservés aux leaders du Parti. Il a besoin de lui parler, de tout raconter à sa « collaboratrice ». Et puis il y avait leur correspondance, même si Lénine lui écrivait peu et préférait lui téléphoner souvent.

La triste fin.

Puis Lénine n’a plus beaucoup de temps à consacrer à Inès. Il met de la distance entre eux. Inès lui écrit « Cher, nous sommes éloignés l’un de l’autre. Et cela fait si mal » selon lui à cause du travail et de la maladie. Depuis 1917 sa santé est fragile et Inès est l’une des rares à connaître l’état de santé de son amant.

Pourtant Lénine a enfin commencé à montrer en public ses sentiments pour Inès, beaucoup de gens sont au courant, même son épouse. Mais son amante est épuisée par les années de combat et d’attente.

En 1920 la révolution menace d’échouer, partout c’est la rébellion et la famine. Lénine trouve pourtant le temps de s’enquérir de la santé d’Inès : « Avez-vous de la température ? Avez-vous besoin d’un quelconque médicament ? ». Comme il fait froid, il se renseigne sur sa pointure de chaussures, précisant : « J’espère que j’obtiendrai des bottes en plastique. » et suivant les conseils de Lénine – qui lui avait déconseillé de rentrer en France pour se soigner – Inès part en cure dans le Caucase.

Deux semaines plus tard, elle meurt. Lénine reçoit un télégramme lui annonçant la terrible nouvelle : « Impossible de sauver camarade Inès Armand atteinte de choléra. Elle est morte le 24 septembre 1920. Renvoyons corps à Moscou. » C’est seulement le 11 octobre que le train contenant le cercueil d’Inès – un grand cercueil trouvé avec peine et transporté dans un wagon spécial – entre dans la gare de Kazan, à Moscou. Lénine marche près du cercueil de la gare au centre ville. L’époux d’Inès, ses enfants et l’épouse de Lénine suivent, mais en retrait. E. DRABKINA raconte « Tout son être, pas seulement son visage, exprimait une telle tristesse que nul n’osait le saluer, fût-ce d’un signe de tête. Il était clair qu’il souhaitait se retrouver seul avec sa douleur. Il semblait s’être tassé, sa casquette cachait ses traits et ses yeux paraissaient noyés de larmes, retenues à grand peine. Et chaque fois qu’un mouvement de foule pressait notre groupe, il se laissait pousser sans résistance comme s’il eut été reconnaissant de se trouver plus près du corps. » ainsi Inès est mise en terre en grande cérémonie le 12 octobre 1920 au pied du mur du Kremlin, ce sont des obsèques nationales. Lénine dépose une magnifique couronne de lys blancs.

Lénine erre alors à travers les corridors du Kremlin puis passe le plus clair de son temps retiré dans sa propriété de Gorki. Il meurt quatre ans après Inès. Alexandra KOLLONTAI a écrit « Il n’était jamais parvenu à surmonter la mort d’Inès ». Aujourd’hui, Lénine et Inès reposent à quelques dizaines de mètres l’un de l’autre, lui dans le mausolée, elle au pied du mur du Kremlin.

Leur histoire reste encore un secret, leur correspondance majoritairement cachée, il ne faut pas abîmer le mythe, je trouve que les russes ont tort, savoir que Lénine a eu le courage d’aimer et d’être aimé de cette façon lui donne enfin une face humaine !

Crédit photos : Pelenop.

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3 Réponses »

  1. http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Cremet

    Ton article m’évoque une lecture
    L’hermine rouge est un livre sur ces époques et une trajectoire de vie celle de cremet un train à couper le souffle et les racines de nombre d entre nous !

    Je te souhaite de jolies vacances avec de belles lectures, de beaux paysages et de beaux rêves

    Gildas

  2. @ Gildas,

    Merci !
    Bel été à vous et à vos proches.

    Virginie.

  3. Parait-il que personne connait l ‘existence d’une deuxieme femme dans la vie de Lenine a mon avis son vrai amour je vous laise ici le link.

    http://miviajeatransilvania.blogspot.com.es/2015/07/l-homme.html Blog sur Lenine

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