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Au jardin du souvenir !

Par      • 13 juin, 2010 • Catégorie(s): Mémoire  Mémoire    

Il y aurait beaucoup à dire de l’irruption d’un rite funéraire tel que la crémation, alors que les 3 grandes religions monothéistes la déconseillent ou l’interdisent. Dans notre pays, elle est autorisée depuis 1887. Représentant 1% des obsèques en 1980, nous en sommes à près de 30% aujourd’hui. Indubitablement, la progression de la crémation est liée à au recul de la pratique religieuse, à l’exacerbation de l’individualisme corrélée à la propagation d’exo-pratiques issues du monde asiatique, à la perspective de l’encombrement des cimetières et, peut-être, à la valeur que nous accordons à la vie.

Les cendres des défunts

Dans le meilleur des cas, les cendres des défunts sont aujourd’hui rendues à la famille. Signe des temps, les crématoriums sont encombrés d’urnes funéraires de personnes sans ayants-droits présents le jour de la crémation ou bien pour lesquelles les ayants-droits ne se sont pas mis d’accord sur la destination des cendres. Au bout d’un an (délai légal), qu’advient-il des cendres des défunts ?

La loi du 19 décembre 2008 a modifié profondément la législation funéraire et a réglementé la dispersion des cendres en instituant le principe de traçabilité. Trois cas de figure ont été pris en compte par le législateur. Les cendres peuvent être dispersées dans des lieux dits de “pleine nature” sans que nous en sachions la définition juridique exacte. Du fait de la présence de mercure, de plomb et d’autres produits chimiques, toxiques et/ou médicamenteux, j’espère, pour ma part, que cette pratique sera interdite le plus tôt possible. Par ailleurs, en créant des lieux de sépulture en pleine nature, n’est-on pas en train d’instituer des servitudes quant à l’utilisation du domaine public et privé vis à vis des ayants-droits du défunt ? Les tribunaux vont avoir du travail dans les années à venir.

La 2e destination des cendres consiste à déposer l’urne funéraire dans une cave-urne ou un colombarium. L’avantage de cette pratique est qu’au non renouvellement de la concession et après relevage des sépultures, les urnes seront centralisées dans un caveau commun sans que les cendres puissent être mélangées.

Les communes de plus de 2000 habitants sont tenues, avant décembre 2012, à l’institution d’un jardin du souvenir. Dans le meilleur des cas, il s’agit de buses ou de trous protégés par des grilles, au niveau desquelles sont dispersées les cendres des défunts ! Dans certains cas, ces grilles posées à même le sol sont recouvertes de galets sur lesquels les cendres, une fois dispersées, sont arrosées. A même le sol, ce lieu de sépulture peut être souillé par des animaux. Il peut être facilement profané par d’anciens “amis” du défunt ! Et puis, quid des cendres quand les buses sont “pleines” ?

Dans le pire des cas, ce jardin du souvenir n’est qu’un vulgaire carré d’herbe du cimetière sur lequel sont dispersées les cendres du défunt.  A raison de 2 fois par mois à partir du printemps, l’herbe y est tondue, ramassée pour aller à la déchetterie, dans un composteur ou sur un tas de fumier de la commune !

Juste une remarque : si vous souhaitez vous faire incinérer, pensez à la manière dont seront dispersées vos cendres et, surtout, écrivez-le !

Crédit photos : la Voix du Nord, Ultil Marbre

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Au jardin du souvenir !
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11 Réponses »

  1. Tout à fait exact !
    Je trouve qu’il est très important d’honorer ses morts.
    Mais plus encore de vivre son temps avec les vivants… surtout ceux qui vous aiment vraiment
    Il y a plus gai pour un dimanche. ;+)

  2. @Virginie

    Je ne trouve pas particulièrement ce sujet “triste”. Et il y aurait beaucoup à dire sur cette civilisation – la nôtre – qui cherche à tout prix à éloigner l’idée de la mort de la conscience des vivants.

  3. @ Denis,

    Je suis d’accord !
    La mort fait partie de la vie.
    D’où Carpe diem, qui n’est pas du tout synonyme de jouir sans entrave, mais qui signifie simplement profiter du jour présent, comme si c’était le dernier, car il peut l’être…

  4. l’incinération n’est pas une pratique nouvelle en europe et remonte à fort loin et a été une
    pratique ancrée dans notre culture :

    http://www.lieux-insolites.fr/moselle/troissaints/troissaints.htm

    mais que faut il penser d’un espace paysagé et vide de sens ?

  5. @Bernard

    Mon propos s’inscrivait à partir de l’émergence des religions monothéistes.

  6. Un petit coup de spleen ?

    Internet pallie les absences de ma mémoire et me rappelle que c’est Jean Cocteau qui a dit :

    “Le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants”

    Personnellement, je préfère les tombeaux aux cendres, notamment dans les petits cimetières de campagne où reposent certains des miens (et où il reste suffisamment de place, mais je ne suis pas trop pressé).

    Cependant, je serais moins sévère que toi sur la crémation. Tout dépend des volontés de la personne disparue et de la façon dont se construit “le vrai tombeau des morts” dans le cœur de ceux et celles qui l’ont aimée.

    Je trouve que la mention sur la pollution occasionnée par la dispersion des cendres en pleine nature est une manifestation un peu excessive de ton souci pour l’écologie. Mais je pense que j’ai la fibre écolo moins vivace (et surtout moins savante) que toi et ceci peut expliquer cela.

    On sait d’autre part que les caveaux ne sont pas épargnés non plus par les problèmes de pollution… avec les décennies qui passent, les eaux qui s’infiltrent, le bois qui pourrit, …

    Dernier point: après vérification, il semblerait que l’Eglise Protestante autorise la crémation depuis plusieurs siècles alors que l’Eglise Orthodoxe l’interdit toujours. Quant à l’Eglise Catholique, elle l’autorise depuis 1963 à condition que ce ne soit pas une manifestation de la remise en cause de la foi en la résurrection des corps.

  7. @Jean-Philippe

    J’étais en formation sur la législation funéraire mardi dernier en tant qu’adjoint au Maire. Mercredi, j’ai mon ami Alain qui décédait des suites d’un cancer généralisé. J’étais encore dans sa chambre 1 heure avant qu’il ne décède. Sa crémation aura lieu mardi.

    Quant à la crémation, je ne la juge pas en tant que telle même si une pratique n’arrive jamais par hasard. A ce titre, elle est révélatrice de l’évolution d’une civilisation qui, étrangement, renoue avec ses vieux rites “païens”.

    Dans ce billet, je juge l’inconséquence du législateur et aussi celle de tous ceux qui cherchent à tout prix à se débarrasser de la charge pesante de leurs morts !

    Quand tu dis que les morts, c’est le cœur des vivants, je suis d’accord pour la génération qui a connu ses morts ! Oui, mais après, on fait comment quand il n’y a plus de lieu de mémoire où nous pouvons honorer une sépulture que ce soit une urne funéraire ou un tombeau ?

  8. Bonjour
    Confronté, aujourd’hui, à une dispersion de cendres, j’ai lu avec attention votre billet. J’écarte les aspects religieux auxquels je ne suis pas “adhérent” pour m’interroger sur un éventuel manquement aux règles d’un environnement qui doit, lui, nous concerner tous. Dans l’hypothèse d’une urne “soluble” je ne vois pas bien à quelle hauteur du raisonnement une dispersion en milieu naturel, aquatique ou autre, serait plus préjudiciable que l’inhumation traditionnelle qui percole au fil du temps les miasmes que nous portons tous? Nous devons, dans un très court terme, nous assumer autant mort que vivant et l’honneur que nous portons à nos proches disparus ne tient guère aux chrysanthèmes mécaniquement déposés à heure fixe mais plutot à la mémoire personnelle que nous leur accordons en les faisant vivre en nous au quotidien.

  9. Mon mari a perdu son meilleur ami pour lui c était un frére un vrai, a la mort de son ami, les cendres du défunt on été remis à son fils et sa compagne qui n ont malheureusement pas suivi les conseils de son père? pour la dispertion des cendres. ,ces abrutis ont dispersé les cendres au mauvais endroit que ne souhaitait pas le défunt ,je trouve cela triste et moche à savoir que les cendres sont dispersés dans un cimetierre et que le carré de pelouse est tondu au printemps l herbe coupé est jeter à la déchetterie quand m ont mari a su cela ça lui a fait beaucoup de mal? qu en pensez vous ?

  10. Bonjour,
    Je suis actuellement étudiante en Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués Créateur Concepteur Textile, et je réalise mon mémoire ainsi que mon projet de diplôme sur le thème de Cimetière/Jardin, afin de tendre vers une acceptation plus douce de notre mortalité et de nous réconcilier avec cet espace si singulier qu’est le Cimetière français. Mon intention est de repenser cet espace, tout en le respectant.
    En effet, comme le dit Jean Cocteau “Le vrai tombeau des morts, c’est le coeur des vivants” (Je suis bien de votre avis Mr. Jean Philippe Vidal.) et c’est dans ce sens que je trouve important de réconcilier les vivants avec leurs défunts, avec le Cimetière. C’est ainsi que je souhaite faire de ce lieu, un lieu d’apaisement et de simplicité, faisant place à l’aléatoire, à la poésie du cycle végétal et minéral. Je suis aussi déconcertée que vous, lorsque je me promène dans les Cimetières et que je tombe nez à nez avec cet espace appelé “Jardin du Souvenir” qui ne demande qu’à être repenser et reconsidérer.
    Votre billet me conforte dans l’idée qu’il y a des choses à faire, à ré-étudier vis à vis de ces lieux de “finitude”.

  11. bonjour, je souhaite vivement revenir sur l’aspect esthétique des cimetières
    si les anciens sont superbes les nouveaux sont assez sinistres : dalles sombres fleurs fanées
    juste rajoutés aux anciens
    j’ai proposé ce “marché” à de jeunes sculpteurs de pierre peu intéressés … dommage
    les cimetières anglais et américains sont tellement plus “vivants” avec toute cette verdure
    c’est pourquoi je trouve votre travail, Armelle, très intéressant : on pourra le consulter sur internet ou pas ?
    merci de votre réponse

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